Impératrice Cixi

Présentation

Simple concubine à l’origine, Cixi ou Tseu-Hi a régné sur la Chine, de 1861 à 1908 durant la dynastie Qing. Très belle et très instruite, dotée d’une poigne exceptionnelle, elle a fasciné ses contemporains.

Impératrice Cixi au Palais d'été à Beijing

La future Cixi, qui se nomme alors Yehe Nara (Yehonala), naît en 1835 dans une famille mandchoue. C’est une femme très cultivée pour son époque. Elle sait lire et écrire, connaît la littérature, les arts du pinceau (calligraphie, peinture). Elle lit également et pratique parfaitement, ce qui est rare pour une femme, la langue écrite, celle des classiques fondamentaux et de la littérature politique.

Dans les faits, elle ne fut jamais officiellement nommée impératrice, mais elle régna officieusement pendant plus de cinquante ans et fut plus proche du trône impérial qu’aucune autre femme dans l’histoire de la Chine.

Concubine de l’empereur

A seize ans, elle entre à la cour de l’empereur Xianfeng. Un soir de 1856, la beauté de Yehonala lui vaut d’être selon la pratique habituelle, sélectionnée : elle fera partie du petit groupe de jeunes femmes que l’on offre à l’empereur pour passer la nuit; et le souverain la choisit. Elle séduit alors si bien Xianfeng – plutôt réputé pour ses tendances homosexuelles – qu’il la convoque les nuits suivantes.

Quelques mois plus tard, Yehonala, par chance, donne naissance à un garçon, le seul fils de l’empereur : le futur Tongzhi. Grâce à cette naissance, la jeune femme grimpe dans la hiérarchie du harem – qui dépend à la fois de l’ancienneté, de la maternité et de la capacité de donner naissance à un fils. Elle devient alors concubine de seconde classe (yi fei) mais par pour autant impératrice. Car bien que le titre d’impératrice, éminemment révocable, soit attribué en principe à la mère de l’enfant désigné comme héritier présomptif, et que l’impératrice en titre, Ci’an n’ait pas d’enfant, celle-ci vient d’un clan puissant. C’est pourquoi l’origine modeste de Yenonala suggère sans doute à Xianfeng de garder Ci’an comme impératrice, en plaçant Yehonala tout de suite après la hiérarchie.

Aux côté de l’empereur Xianfeng, elle s’intéresse à la politique. Son rôle est celui d’une courtisane au sens plein du terme : sa beauté, mais aussi son intelligence et sa culture en font une compagne agréable, une complice, une conseillère.

Sa prise de pouvoir

Lorsque l’empereur meurt, en 1861, Tongzhi n’est âgé que de cinq ans; les deux femmes ont la sagesse de s’entendre, du moins en apparence, et Yehonala devient alors corégente. C’est à ce moment-là qu’elle reçoit le nom de Cixi, "compatissante et bienveillante".

Comment a-t-elle réussit à conserver le pouvoir si longtemps, de 1861 jusqu’à sa mort en 1908 ? Elle a dans un premiers temps, l’astuce de ne pas s’opposer à l’impératrice en titre, Ci’an qui dispose d’un réseau qu’elle n’a pas. Cixi fait également entrer en scène un prince de sang, Yixin, pour éviter de dresser contre elle des clans puissants. C’est donc de trio qui prend le pouvoir à la mort de l’empereur, en 1861. Dans les faits, Ci’an étant peu éduquée, et Yixin incompétent, c’est bien Cixi qui gouverne, au nom bien sûr de l’héritier du trône.

Le plus étonnant, c’est qu’elle réussi à garder le pouvoir après la disparition de son fils, le jeune empereur Tongzhi, mort officiellement, en 1875, de la petite vérole. Cixi conserve alors la régence en s’arrangeant pour que soit désigné comme héritier le fils d’un de ses frères, un enfant de trois ans, dont elle fait l’empereur Guangxu, qu’elle s’efforcera de tenir en sujétion toute sa vie (il mourra lui aussi en 1908).

Impératrice Dragon

Cixi aimait le pouvoir qui accompagnait sa nouvelle situation. On dit qu’elle commença à afficher un côté sadique perturbant, en ordonnant que deux servantes se giflent l’une l’autre tandis qu’elle regardait. Les gens de la cour était assassinés pour les raisons les plus insignifiantes ou encore jetés dans un puits par ses bourreaux, les eunuques.

Elle adorait la mode de l’époque et son apparence devint de plus en plus étrange : elle appliquait son maquillage pâle comme un mur pour se protéger, elle fit pousser ses ongles jusqu’à qu’ils se recourbent comme des serres et qu’ils deviennent des armes pour employés pour frapper des servantes infortunées.

C’est à cette époque qu’elle fut connue sous le surnom de "l’impératrice Dragon". Atteignant à peine un mètre cinquante et célèbre pour ses colères soudaines, elle inspirait le respect à la fois de ses conseillers et des courtisans.

Cixi appréciait le luxe de sa position, elle organisait des banquets somptueux lors desquels elle mangeait avec des baguettes en or et buvait dans des coupes de jade.

Ustensiles de cuisine exposées dans la Cité interdite à Beijing

Elle n’hésitait pas à ruiner le pays pour se faire construire au Palais d’été un pavillon de marbre, en forme de bateau à aubes.

Les cents jours réformateurs

L’empereur Guangxu s’entoure d’un groupe d’intellectuels désireux de réformer l’administration. Ceux-ci tentent de contrer le morcellement de la Chine en diverses zones d’influence européennes en modernisant la politique, l’éducation et l’économie du pays. Inspirées du modèle européen, ces réformes déplaisent fortement à l’impératrice Cixi, traditionaliste et anti-occidentale.

Le 20 septembre 1898, l’armée encercle la Cité interdite. Cixi fait exécuter tous les conseillers de l’empereur qui tombent entre ses mains et casse tous les décrets qu’il a pris. C’est la fin d’une période réformiste qui n’a duré que 100 jours. Elle déclare Guangxu faible d’esprit et incapable de gouverner. L’empereur n’est pas détrôné mais enfermé dans un pavillon de la Cité interdite, dont il ne ressortira plus jamais. Cixi pourra ainsi régner en son nom jusqu’à sa mort.

La guerre des Boxers

C’est sous le règne de Cixi, entre 1898 et 1901, qu’auront lieu les violents affrontements connus sous le nom de révolte des Boxers. Cette révolte fut initiée par une organisation composée principalement de fermiers et de paysans qui en voulaient aux étrangers et à l’impérialisme pour la misère dans laquelle ils vivaient. Ils pensaient que le style de boxe qu’ils pratiquaient les protégeait des balles, c’est pourquoi ils étaient inconsciemment courageux.

Cixi partageant leur haine des Occidentaux qui, à l’époque, tenter de poser leur marque sur la Chine, indifférente à un style de vie qui prenait ses racines dans des siècles de tradition. En effet, des hommes d’affaires américains, anglais, japonais et russes considéraient le pays comme un nouveau marché lucratif et avaient obtenu des droits commerciaux avantageux, ce qui alimenta la colère des Boxers.

Cixi encouragea secrètement la révolte. L’objectif de Cixi et des siens était la restauration de la grandeur mandchoue et de la splendeur chinoise.

Le 20 juin 1900, le quartier des légations à Pékin est assiégé par les Boxers et l’armée impériale, la Chine déclare la guerre à toutes les puissances étrangères. L’issue est prévisible. Une force, constituée par les puissances européennes, libère les légations et occupent Pékin. La Cour s’enfuit.

Mais alors qu’elle voyageait en direction de Xian, elle découvrit l’ampleur de la pauvreté dans laquelle le pays était plongé et à laquelle elle n’avait jamais prêté attention, à l’abri derrière les murs de la Cité interdite. Elle se serait rendu compte de la nécessité des réformes. C’est peut-être grâce à ce revirement que Cixi fut rappelée au pouvoir une fois de plus.

Quelques semaines plus tard, la suite impériale retourna à la Cité interdite sous le regard méfiant des étrangers qui avaient grimpé sur les murs pour voir approcher l’impératrice dragon. Cixi avait soigneusement orchestré ce retour. En les apercevant, alignés sur les murs de la ville, détonnant dans leurs habits occidentaux, Cixi les regarda et exécuta une série de petites révérences. Les étrangers furent ravis parce ce qu’ils considéraient comme de l’humilité et toutes les inquiétudes la concernant furent rapidement dissipées.

Le déclin de la dynastie

A la fin de la révolte des Boxers, un traité de paix humiliant fut imposé à la Chine. Ce qui permit aux nations occidentales d’augmenter leur pouvoir, d’acquérir des droits commerciaux avantageux et même de pouvoir stationner des soldats étrangers dans Pékin, alimenta la colère du peuple chinois envers leurs dirigeants mandchous.

Le pouvoir dictatorial dont Cixi avait bénéficié pendant de si longues années était sur le déclin. En 1908, elle fut foudroyée par une maladie grave du foie et Guangxu tomba également malade.

Le 13 novembre, la vie de l’empereur ne tenait plus qu’à un fil, Cixi désigna son successeur, à nouveau âgé de trois ans. Il s’agissait de Puyi, le fils du Prince Chun et le petit-fils Ronglu, son premier amour. L’empereur mourut cette nuit là. Même si Cixi savait certainement qu’elle avait un pied dans la tombe, elle ne put se résoudre à abandonner les jeux de pouvoir, mais elle ne pouvait contrôler sa propre mort.

Le 15 novembre 1908, elle meurt. Ses dernières paroles furent "Ne permettez jamais plus à une femme de jouir du pouvoir suprême de l’Etat. Cet acte est contre les lois de notre dynastie et devrait être interdit".

Peut-être ressentait-elle un réel remord. Mais les plus sceptiques pourraient penser qu’elle fut, même à la fin, conduite par un seul souhait, qu’elle soit, elle, Cixi, "Bienveillante et vertueuse", la seule femme capable de revendiquer une réussite aussi extraordinaire.

Cixi dirigea la Chine pendant cinquante ans et, jusqu’à son revirement après la révolte des Boxers, avait paru plus concernée par le pouvoir dans l’absolu que par le bien-être de ses millions de sujets. Protégée par les murs de la Cité interdite, il lui manquait un aperçu de leurs souffrances et les longues années de politique contre les étrangers causèrent la chute de la Chine.

A 73 ans, l’impératrice douairière laissa la Chine dans un chaos complet avec, à la tête de la dynastie Qing, un garçon de trois ans, garçon qui sera connu sous le nom de "Dernier empereur" et qui terminera sa vie comme simple citoyen de la Chine communiste.

 
 

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